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Et je te montrerai le feu dans une poignée de matière
 
 

 

J'avais monté un scénario sur l'aventure et la disparition de Majorana, savant atomiste d'avant-guerre, couplée à la vie des deux grands savants de l'Histoire, Archimède et Empédocle, pour un film que le cinéaste italien Comencini avait accepté de réaliser. Nous étions assez avancés dans le projet, j'avais procédé à des repérages en Sicile. Malheureusement, rien n'a pu se faire, puisque le cinéaste est mort peu après. A partir du récit que j'en tire dans Biogée, livre publié l'an passé, Jean-Michel Frémont reprend le même projet, en l'adaptant au théâtre. J'ai beaucoup discuté avec lui de cette adaptation, qui m'a paru excellente, vive, intelligente, inventive, et, surtout, susceptible de passionner le grand public, aujourd'hui averti des questions nucléaires, de manière infiniment plus avancée que durant les dernières décennies.
Le sujet est devenu extrêmement sensible. Je suis persuadé que Jean-Michel Frémont va au-devant d'un immense succès.

Michel Serres

 

 
 

essai-nucleaire

 

 

D’après « biogée » de Michel serres

Théâtre

COMPAGNIE DES TROIS JUMEAUX
ABBAYE D'AUBERIVE

Sur la préoccupation éthique au sujet de la recherche scientifique

 

 

Introduction de Michel Serres

Ethique et recherche scientifique, de Diderot à Majorana

Personnages

Théâtre

Production, partenaires et diffusion

 

Introduction
 
J'avais monté un scénario sur l'aventure et la disparition de Majorana, savant atomiste d'avant-guerre, couplée à la vie des deux grands savants de l'Histoire, Archimède et Empédocle, pour un film que le cinéaste italien Comencini avait accepté de réaliser. Nous étions assez avancés dans le projet, j'avais procédé à des repérages en Sicile. Malheureusement, rien n'a pu se faire, puisque le cinéaste est mort peu après. A partir du récit que j'en tire dans Biogée, livre publié l'an passé, Jean-Michel Frémont reprend le même projet, en l'adaptant au théâtre. J'ai beaucoup discuté avec lui de cette adaptation, qui m'a paru excellente, vive, intelligente, inventive, et, surtout, susceptible de passionner le grand public, aujourd'hui averti des questions nucléaires, de manière infiniment plus avancée que durant les dernières décennies.
Le sujet est devenu extrêmement sensible. Je suis persuadé que Jean-Michel Frémont va au-devant d'un immense succès.

Michel Serres

  

Ethique et recherche scientifique, de DIDEROT à MAJORANA

Que s’est-il passé entre le mois d’octobre 1750, date de la diffusion du Prospectus de l’Encyclopédie rédigé par d’Alembert et Diderot,  et la nuit du  27/28 mars 1938, date de la disparition définitive d’Ettore Majorana ?
Le premier événement est  bien connu, et fait date dans l’histoire du savoir ; le second,  moins connu bien sûr, fait sens – et problème – pour les scientifiques et le public éclairé.

Ces deux événements sans relation apparente touchent pourtant à la même question,  question innovante et optimiste au 18e siècle, question cruciale et angoissante au 20e : jusqu’où peut aller la science ? peut-on et doit-on favoriser et diffuser toute recherche scientifique au nom du savoir seul ? le savoir en tant que tel est-il une bonne chose ?
Lorsqu’on répond par l’affirmative, c’est en vertu d’un principe (appuyé sur une conviction plus que sur une expérience)  clairement affirmé par  Diderot, et qui est au fondement de son  grand projet encyclopédique. Ce principe se dédouble en deux affirmations : 1° le savoir,  c’est-à-dire la connaissance des choses (naturelles, physiques, historiques, humaines etc.)  est bon en soi, c’est un besoin et un droit que l’on pourrait dire naturels aux hommes ; 2° le savoir est le principal facteur de progrès (matériel, moral, social, politique) et de bonheur pour l’humanité.

Jusqu’aux débuts 20e siècle notre science s’est appuyée sur cette conviction.
Depuis la bombe atomique, nous nous sommes pris à douter.

Du 18è siècle au 20è, nous nous trouvons devant deux images contraposées du savoir.

La disparition énigmatique de Majorana est pour nous un symbole : le tout premier geste qui clôt l’optimisme du siècle des Lumières. « La Physique est sur une mauvaise voie », écrivit le célèbre physicien sicilien, dont les plus grands (Enrico Fermi, Emilio Segrè, deux prix Nobel) disaient qu’il était le meilleur d’eux tous et qu’il avait pressenti les voies catastrophiques où menait la physique quantique.

Que s’est-il passé, de Diderot à Majorana ?  de la croyance au progrès à l’angoisse de la catastrophe ?  dans les deux cas,  par la science…

Ce n’est pas seulement que science sans conscience n’est que ruine de l’âme…  formule que Diderot ne renierait pas, que nous ne renions pas non plus aujourd’hui tout en l’appliquant assez peu.
C’est que la science a radicalement changé.
Michel Serres dans ses récents livres nous a fait comprendre comment la science est devenue thanatocratique, portant en elle la destruction globale de la nature et de  l’humanité.  Car la science a produit ce qu’il appelle des  objets-monde : des artefacts qui comportent au moins une dimension équipotente au monde même – la bombe atomique en est un.
Question : si  notre savoir produit de tels objets … est-il bon ? est-il méchant ?
Pour Diderot il était bon, cela va de soi pour une raison simple : la science n’était pas puissante, ses capacités n’égalaient pas celles de la nature, la science pouvait agir localement sur des effets naturels mais non globalement sur le monde lui-même. La science ne pouvait être un danger : elle était bonne et rien que bonne, travaillant pour une l’humanité encore faible devant les forces de la  nature.

Christiane Frémont (Chargée de recherches au CNRS)

 

Biogée – Trois volcans

Michel Serres publie « Biogée » en 2010. « Comment les savants négocient-ils le feu et les bombes des volcans ? Que disent la brise, les fleuves turbulents, le grand hurlement des loups et le silence des microbes qui foisonnent ? Pour faire entendre ce bruit de fond du monde et la voix des vivants, j’ai appelé à l’aide le récit de la nouvelle, l’évocation poétique ou musicale, les raisons scientifiques et la méditation propre à la philosophie… en une mosaïque la plus proche possible de l’expérience positive de la vie »
La nouvelle nommée  « Trois volcans », pose le problème,  présent, toujours,  dans l’ensemble de l’œuvre de son auteur du rapport entre l’éthique et la science : « Enfant d’Hiroshima, -écrit-il, fils de Majorana, je vis et pense comme un enfant de la guerre, héritier de la bombe. Comment les lumières que nous recevons des sciences s’accompagnent-elles, parfois, de tels aveuglements ?
Trois « personnages » sont évoqués dans cette nouvelle : Empédocle, Archimède, Majorana.
Bien plus significatif que trois personnages, il s’agit de trois mythes, bien au-delà des débats et des hypothèses des historiens et des journalistes.
« Majorana, héros de ma jeunesse, est le précurseur de celui qui se pose des problèmes de morale à propos de la science »

Jean Michel Frémont

Personnages Personnages Personnages Personnages Personnages

MAJORANA
Ettore Majorana fit partie du groupe de jeunes physiciens et expérimentateurs rassemblés par Enrico Fermi à Rome, et connus sous le nom d'I Ragazzi di Via Panisperna (« les garçons de la rue Panisperna », en italien). Il travailla intensément entre 20 et 27 ans, écrivant des théories extraordinaires que l'on ne comprit correctement qu'après la Seconde Guerre mondiale. Il disparut en 1938 à l'âge de 31 ans dans des circonstances mystérieuses. Officiellement, il se serait suicidé, mais son corps n'a jamais été retrouvé et de nombreuses autres pistes ont été évoquées.
À sa disparition, Enrico Fermi a dit de lui : « Il y a dans le monde plusieurs catégories de scientifiques : ceux de second ou troisième plan qui font de leur mieux mais ne vont jamais très loin. Il y a aussi ceux de premier plan, qui font des découvertes importantes, fondamentales pour le développement de la science. Mais il y a enfin les génies, comme Galilée et Newton. Ettore était l'un d'entre eux. Majorana avait quelque chose que personne d'autre au monde n'avait. »

Wikipedia

 

 

7623295_giufaSCIASCIA
 Je n’ai pas écrit La Disparition de Majorana pour m’amuser à provoquer (…). Je l’ai écrit par rage et par peur. La rage et la peur –comme disait Camus, de vivre contre un mur, de voir la vie devenir toujours davantage une vie de chien.  « Vivre contre un mur, c’est une vie de chiens. Eh bien, les hommes de ma génération et de celle qui entre aujourd’hui dans les ateliers et dans les facultés, ont vécu et vivent de plus en plus comme des chiens. » Grâce à la science, grâce surtout à la science. 

Leonardo Sciascia,  La disparition de Majorana

Sciascia et le cas Majorana. Ou de la science et la morale.
 «Il est connu de toute l'histoire maintenant», écrit Sciascia, «que Fermi et ses collaborateurs ont obtenu sans le connaître la fission du noyau d'uranium en 1934 » ... Ceux qui étaient appelés les «Boys Panisperna » étaient venus à ceci sans s'en rendre compte.
C'est un thème très actuel de cette responsabilité morale de la science,  sujet peu abordé en général et par les écrivains encore moins ; et ceux qui ont la capacité, les moyens, le temps pour entretenir leur intelligence, les gens qui plus que d'autres pourraient et devraient le faire, sont les plus absents.

Valter Vecellio,  Ovvero la scienza e la morale

SERRES
Si, en ce temps-là, l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et les pays démocratiques, soit les futurs belligérants, s’attendent à la déflagration de la guerre mondiale, seuls quelques rarissimes spécialistes préparent ou prévoient celle de l’énergie atomique, issue, justement, des forces d’interaction. Ettore Majorana, voilà le nom du jeune homme, est l’un d’eux : « La physique a pris un mauvais chemin », a-t-il écrit.
empedocleMajorana embarque et disparaît. Qu’est-il devenu ? Personne à ce jour n’a éclairci le mystère. Suicide ? Enlèvement ? Assassinat ? On retrouve toujours les cadavres ; seuls, les vivants trouvent les moyens de disparaître, affirme un adage de police. De sa main, rageur, Mussolini soi-même écrit, à l’encre rouge, sur le dossier qui le concerne : « Je veux qu’on le retrouve. »
Enfant d’Hiroshima, fils de Majorana, je vis et pense comme un enfant de la guerre, héritier de la bombe. Comment les lumières que nous recevons des sciences s’accompagnent-elles, parfois, de tels aveuglements ?
Mieux nous savons, plus nous pouvons. Comment passer de ces possibilités au réel sans poser le problème du mal ?

Michel Serres,  Biogée

 

 

z0651_archimedeMajorana, Archimède, Empédocle : Michel Serres parcourt la Sicile, île aux trois pointes, remonte le temps,  rencontre trois figures emblématiques du savoir – le nôtre –,  et ce faisant retrouve la même histoire, celle qui interminablement met en scène la question cruciale du rapport de la science à la violence : question légendaire et contemporaine. « Mieux nous savons, plus nous pouvons » : ce que l’on appelait jadis le problème du mal se tient là désormais, en ce point de jonction entre le possible et le réel où l’éthique doit décider. Ferons-nous tout  ce que la science nous rend capables de faire ?
Devant  cette question, Ettore Majorana, physicien de génie, disparaît pour ne pas voir le feu nucléaire  – comment ? Mystère.
Pour avoir incendié la flotte ennemie en domestiquant les rayons du soleil, Archimède, prince des géomètres, meurt assassiné – par qui ? Mystère.
Éperdu d’avoir compris les forces élémentaires qui le dépassent, Empédocle, savant et sage, fasciné par la bouche de feu et d’ombre, s’anéantit dans le cratère de l’Etna–dit-on. Mystère.
Michel Serres, le philosophe, éclaire ces récits les uns par les autres,  frappé de la coïncidence de leur message. Les savant jouent avec ce qu’il  nomme des « objets-monde » : des artefacts équipotents au monde –  ainsi le feu nucléaire, la capture des rayons du soleil, le détournement des eaux.
Nous voici pris entre nos lumières et notre aveuglement : « arrête-t-on la compulsion de vaincre, y compris dans les luttes pacifiques ? »

Christiane Frémont

 

 

Théâtre Théâtre Théâtre Théâtre Théâtre Théâtre Théâtre Théâtre

COMPAGNIE DES TROIS JUMEAUX
Compagnie de théâtre professionnelle fondée à LANGRES, patrie de Denis DIDEROT, elle s’attache à aborder sur les planches des thèmes de réflexion issus de la littérature, de l’histoire ou de la philosophie : Les Français libres, (2008) sur la responsabilité individuelle dans l’aventure de la France Libre, Come back, mister Diderot, (2009) sur la réflexion philosophique que pourrait avoir le Philosophe sur notre monde contemporain, Le sexe qui parle,(2010) adaptation des Bijoux indiscrets de Diderot, La Machine à controverser, (2011) politique-science-fiction d’après la proposition de Leibniz à Bossuet sur une méthode de controverse. Elle a entretenu et entretient des rapports de travail avec nombre de chercheurs et  penseurs contemporains, Maurice Druon, Michel Serres, Yves Coppens…
Notre Compagnie est reconnue pour produire des spectacles soucieux d’une réflexion intellectuelle tout en conservant un objectif d’ouverture maximum au grand public.

 

SPECTACLE
Trialogue philosophique et animé à la terrasse d’un café de Sicile, au pied de l’Etna. Le sujet est directement inspiré de « Trois volcans », chapitre de l’ouvrage de Michel Serres, Biogée. Deux personnages (que l’on pourra identifier au fil de la conversation comme « Leonardo » et « Michel ») abordent la question de l’éthique et de la science au travers de l’histoire singulière des trois « scientifiques » cités par Michel Serres : Archimède, Empédocle et Majorana. Avec un troisième larron, le Garçon de café, avatar de Giufa –sorte de fou traditionnel du bassin méditerranéen, ils incarnent, jouent, comédiens et tragédiens tour à tour, divers personnages, à la manière de Pirandello, dramaturge cher au cœur de Sciascia, inventant des scènes, des rencontres au-delà du gouffre des siècles. La bande-son, personnage à part entière, rythme le jeu, impose sa présence, enténèbre enfin la claire luminosité sicilienne.

 

production partenaires diffusion production partenaires diffusion

Coproduction : Compagnie des trois Jumeaux/Abbaye d’Auberive
Partenaires publics : Diderot 2013
Partenaires privés (dossiers en cours) : Laboratoires pharmaceutiques, ANDRA, Secteur bancaire

Ecriture : Michel Serres et Jean Michel Frémont
Conseil scientifique : Christiane Frémont
Mise en scène : Jean Michel Frémont

Plateau : Trois comédiens professionnels
Technique : Un Régisseur général et un Technicien polyvalent
Communication, administration, diffusion et gestion : Coproduction

Diffusion

Phase 1 :
Création du spectacle à l’occasion des manifestations « Diderot 2013 »
Période de répétitions : juillet/août 2013
Trois représentations : septembre/octobre 2013 à Langres au Théâtre Michel-Humbert
Quatre représentations en Haute-Marne en « achats à l’avance » -2013/2014
Trois représentations en départements limitrophes en « location de salle » -2013/2014

Phase 2 :
Prospection et diffusion du spectacle sur le territoire national.
Prospective de diffusion sur 2014/2015 : 10 ventes
Objectif : villes de plus de 50 000 habitants,  villes universitaires, séminaires…

A propos de la concurrence :
L’offre culturelle excède en général la demande et les possibilités financières des diffuseurs, le marché est saturé. Cependant, la « niche » Théâtre et Philosophie est peu exploitée, la réflexion sur l’éthique préoccupe les intellectuels comme le grand public mais aussi le monde de l’Entreprise (éthique/recherche scientifique, bioéthique, écologie, développement durable, RSE). La concurrence s’exercera éventuellement dans les principales villes de France, Paris, Lyon… mais peu en Province où le spectacle « de divertissement » prédomine.

 Octobre 2011

 
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